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Un article au hasard

- Karma et tendances fondamentales -

Conférence de Chépa Dorjé Rinpoché à Paris le 15 juin 2003

Tout d’abord, je vous remercie de votre présence et d’écouter cette conférence sur le karma et les tendances fondamentales. Notre rencontre ici, aujourd’hui, dépend du karma et des tendances fondamentales, être réunis dépend d’un karma passé. D’une manière générale, sans avoir aucun entraînement au niveau de notre esprit, nous pouvons avoir une certaine compréhension du karma et des tendances fondamentales, mais cela ne peut pas véritablement être très clair. En revanche, si nous avons entraîné notre esprit et avons atteint la première terre de Bodhisattva, nous en avons une compréhension claire et profonde.

Qu’entendons-nous par karma ?

Nous pouvons dire que le karma est ce que nous pensons maintenant et ce dont nous allons nous rappeler dans le futur.

D’abord, nous pensons à quelque chose. Puis cette pensée va se déposer dans la « Base de Tout » en notre esprit. Par la suite, en raison de circonstances particulières, de liens particuliers, ces pensées, ou tendances habituelles vont refaire surface.

Quand nous parlons du karma, nous disons que c’est sur le savoir passé que le savoir actuel est présent, signifiant que chaque personne va préférer telle ou telle activité. Le fait d’aimer cette activité particulière provient du fait que, dans les vies passées, cette même personne a déjà effectué cette activité-là. Elle a déjà un savoir et c’est pour cela que dans cette vie-ci, elle apprécie cette activité. De même, dans le futur, puisqu’il y a une empreinte, elle continuera d’aimer cette activité.

Par exemple, dans une famille où il y a deux enfants, ceux-ci ne seront pas semblables. Ils seront différents, ils auront des pensées différentes. Les enfants n’auront pas les mêmes pensées que leurs parents. Ils ne vont pas aimer ou apprécier les mêmes choses, ils ne vont pas avoir les mêmes activités. Même si nous pouvons dire qu’un enfant ressemble un peu plus à son père ou à sa mère, en restant longtemps avec eux, si nous les voyons changer, si nous les voyons vieillir, nous verrons bien qu’ils ne leur ressemblent pas véritablement. Ils ont leurs propres traits, leur propre caractère, leur propre mode de fonctionnement.

Chacun crée son propre karma, chacun a son propre karma. Nous pouvons également dire que ces deux enfants ne vont pas, non plus, avoir le même ressenti. C’est-à-dire que l’un des enfants pourra aimer spontanément les autres et apporter de l’aide à autrui et l’autre enfant n’aimera pas le faire. Un enfant va être intelligent, l’autre le sera moins tout en ayant les mêmes parents. Ils devraient avoir la même intelligence ayant reçu la même éducation, mais cela n’est pas le cas car chacun à son propre karma, chacun a le mûrissement de ses propres actes. Si une personne actuellement appréciait en particulier les études et que, dans sa vie passée, il en avait été de même, ayant beaucoup étudié et développé de l’intelligence, dans les vies futures cette personne, spontanément, aimera étudier. Grâce à cette tendance présente en son esprit, il lui sera très facile d’étudier.

C’est pour cela que, dans le Bouddhisme, dans le Dharma, qui nous permet de pouvoir maîtriser, de dompter l’ensemble de toutes nos émotions perturbatrices, nous disons que nous ne pouvons pas avoir une totale liberté sur les pensées que nous avons. Nous sommes sous l’emprise de notre karma. Nous pouvons avoir le désir d’être riche, d’avoir une grande connaissance, d’être érudit, mais si notre karma n’est pas parvenu à maturité, même si nous avons de tels souhaits, nous ne pourrons pas les obtenir.

Une personne va peut-être mettre tous ses efforts pour devenir riche, mais malgré cela ne pas y parvenir. Une autre personne qui ne fait absolument rien du tout pour être riche un jour peut devenir riche. Cela montre que tout est une question de karma.

Cependant, je dois quand même préciser une petite chose pour vous, les Occidentaux. Vous pouvez dire : « Voilà, si mon karma est d’être riche, je ne vais rien faire, je vais attendre et si je dois l’être, je le serai ! » Il n’en est pas ainsi car il faut créer l’occasion favorable pour obtenir le mûrissement du karma, il faut créer l’opportunité pour que cela puisse mûrir, sinon cela ne se produira pas.

Une personne, par exemple, va jouer au loto et gagner une grosse somme d’argent en un jour. Sachant qu’il y a un très grand nombre de personnes qui jouent, la chance de toucher le gros lot est vraiment infime. Quoi qu’il en soit, dans le cas où on ne joue pas régulièrement ou l’on n’a pas acheté de billet, il n’y aura aucune possibilité de gagner l’argent du loto.

Par l’activité, nous créons la circonstance favorable du mûrissement du karma. C’est en faisant les choses avec le mérite suffisant que nous pouvons avoir la possibilité d’obtenir ce que nous désirons.

Cela n’est qu’un exemple, bien sûr, d’autant plus que je n’aime pas ces jeux de hasard mais c’est un exemple très clair dont le sens est d’avoir une certaine action pour parvenir au mûrissement du karma. Il est important de comprendre que nous devons créer l’occasion favorable à la maturité du karma.

Par exemple, en ce qui me concerne, j’ai le mérite et le désir de pouvoir être bénéfique en France et de transmettre ce que j’ai à transmettre. En même temps, si cela en était resté là et que je n’avais pas eu la pensée de faire quelque chose pour venir dans ce pays, il n’y aurait pas eu la circonstance qui m’a permis de venir ici et ainsi, il ne m’aurait pas été possible de transmettre ces enseignements.

Nous sommes dans le cycle de l’existence. Comme son nom l’indique, nous tournons sans cesse dans ce mouvement, dans une seule et même pensée, il y a toujours les mêmes choses qui reviennent encore et encore. Il y a le karma, il y a ces tendances habituelles qui sont présentes et finalement, à cause de cela, le karma arrive à son plein mûrissement. Et puis, de nouveau, sur l’accumulation des tendances, nous créons d’autres tendances qui s’enchaînent les unes aux autres. Il y a le karma, le mûrissement du karma, les tendances habituelles qui reviennent de nouveau et cela est sans fin.

Si nous possédons une plante empoisonnée, vénéneuse et que nous ne faisons rien, les graines, en tombant, vont à nouveau produire d’autres plantes et croître encore et encore et se multiplier indéfiniment.

Si nous prenons l’exemple des drogues, des gens continuent à en fabriquer encore et encore, c’est sans fin, cela ne peut pas se terminer. C’est pour cela que dans le Bouddhisme, nous parlons de l’emprise du karma. Les actes que nous accumulons créent d’autres actes que nous accumulons et ainsi de suite sans fin.

Pourquoi ai-je pris l’exemple de la drogue ? Parce que dans un premier temps, des personnes prennent ces substances pour obtenir le bonheur ; au départ, elles pensent ainsi et elles l’obtiennent, mais cela se transforme très vite en souffrance. Le cycle de l’existence est un peu comme cela.

Afin de pouvoir dissiper le karma et les tendances fondamentales, il est nécessaire d’en reconnaître leur nature. Dissiper le karma signifie reconnaître la nature même des tendances habituelles. Lorsque nous parviendrons à la reconnaissance de leur nature, le cycle continuel du karma cessera complètement. Sans un entraînement de notre esprit, nous ne serons pas en mesure d’en reconnaître la nature et le cycle de l’existence restera absolument sans fin.

Dans le Bouddhisme, quand nous parlons des tendances fondamentales, nous parlons à la fois des actes vertueux et non-vertueux. Bien sûr, quand nous parlons d’actes (il y a beaucoup de bouddhistes ici, n’est-ce pas ?), il est bien de comprendre que les actes vertueux ou non-vertueux restent toujours des actes et, comme leur nom l’indique, d’un côté comme de l’autre, ces actes font que nous restons dans le cycle de l’existence. De nombreuses personnes peuvent penser que les actes vertueux ne font pas partie du cycle de l’existence, mais si, ils en font partie. Les actes vertueux conduisent au bonheur, quand il y a bonheur, il n’y a pas souffrance. Nous devons nous baser sur les actes vertueux pour que petit à petit nous amenuisions tous les actes du karma, du cycle des existences.

Afin de bien comprendre, prenons l’exemple d’un ciel couvert de nuages noirs ou blancs. Si le ciel est complètement couvert de nuages noirs, nous ne pouvons pas voir le soleil, nous ne pouvons pas en voir sa qualité, c’est un fait. De même, si le ciel est couvert de nuages blancs nous ne pouvons pas le voir. Si nous ne le voyons pas, nous pouvons cependant en apprécier sa lumière qui est claire mais nous ne pouvons pas en apprécier sa qualité qui est chaleur. C’est pour cela que par la dissipation du karma, par la reconnaissance de la nature même du karma, nous allons pouvoir faire disparaître ces deux sortes de nuages noirs et blancs. En suivant le chemin qui mène à la bouddhéité, nous avons la possibilité de dissiper complètement ces nuages blancs ou noirs qui d’ordinaire recouvrent le soleil

Quand nous parlons du karma et des tendances habituelles, l’accumulation de ces deux états, se fait dans la « Base de Tout ». Dans cette base de tout, sont accumulées les tendances habituelles que nous n’avons pas la possibilité de reconnaître. C’est grâce à des circonstances extérieures que nous pouvons les voir ressurgir et émerger. Comme je le dis toujours, pour que la graine puisse devenir une pousse, il faut des circonstances particulières comme la terre, l’eau, le soleil pour que cette plante s’épanouisse. Pour que le karma et les tendances fondamentales émergent, différentes circonstances extérieures, différents facteurs sont nécessaires.

Même si nous n’avons pas la possibilité de savoir ce que nous avons pu créer dans nos vies passées, il est dit qu’en regardant ce que nous sommes aujourd’hui, nous sommes capables de savoir ce que nous avons pu être et voir quels actes nous avons pu accumuler par le passé.

Cela signifie que, si aujourd’hui, dans cette vie-ci, nous aimons aider les autres, si nous sommes heureux quand nous pouvons être agréable à autrui, si nous sommes en bonne santé ou pas très malades, si nous sommes beaux, c’est le signe qu’auparavant nous avons accumulé des actes vertueux.

À l’inverse, si dans nos vies précédentes, nous avons accumulé toutes sortes d’actes négatifs, cela signifie que nous avons eu un esprit nuisible. Alors dans cette vie actuelle, nous allons être dans le mal-être, nous ne serons pas heureux. Notre esprit sera toujours tourmenté et quand nous serons avec les autres, nous ne nous sentirons pas bien. Si par le passé, nous avons aimé tuer différents êtres, notre vie actuelle sera plus courte, notre esprit sera tourmenté et dur, nous nous mettrons facilement en colère.

Si une personne a discipliné son esprit dans ses vies précédentes, par la grâce de cet entraînement, cette personne, même si elle n’est pas riche, qu’elle ne possède pas grand-chose, restera toujours tranquille, heureuse, l’esprit dans le bien-être.

Bien sûr, les choses ne sont pas toujours ainsi. Comme nous venons de le voir, cela dépend aussi des circonstances extérieures.

Nous pouvons observer que certains êtres, dans cette vie, peuvent aimer tuer les autres êtres et qu’ils en tuent beaucoup. Ils en développent beaucoup de joie et ils peuvent vivre longtemps. Cela, encore, dépend des circonstances.

Prenons l’exemple de quelqu’un qui, dans sa vie passée, aurait apprécié le Dharma, qui nous permet de pouvoir maîtriser, de dompter l’ensemble de toutes nos émotions perturbatrices, ou un chemin spirituel. S’il naît dans une famille qui rejette les chemins spirituels, il est possible qu’à cause de ses propres émotions perturbatrices, il change son état d’esprit et qu’il ne souhaite plus suivre aucun chemin spirituel.

En ce qui concerne les Toulkous, ce terme signifie que ces êtres ont une maîtrise de leur esprit et qu’au moment du bardo, avant leur naissance, grâce à cette maîtrise, ils ont pu choisir leur propre famille. Ils ont choisi leur famille selon certains critères tels qu’un état d’esprit excellent, un bon cœur qui apprécie les autres, qui aime les aider et qui aime être aimé de tous. Ce Toulkou se dira qu’en allant dans une famille qui possède un état d’esprit aussi excellent, il pourra être bénéfique à l’ensemble des êtres et décidera d’y naître.

En revanche, nous, les êtres ordinaires, nous n’avons aucune maîtrise de notre esprit. Donc, sous l’emprise du karma, nous n’avons pas la possibilité de choisir ou de dire : « je vais dans telle direction, je prends telle porte ou telle autre porte ». Nous sommes obligés de prendre celle qui se présente à nous. Celui qui a la maîtrise de son esprit peut choisir d’aller dans telle direction, dans tel endroit, un tel être peut faire ainsi.

Avec un bon état d’esprit, nous pouvons souhaiter aller à tel endroit pour rencontrer des personnes avec le désir d’être en harmonie avec elles, de parler correctement afin que tout se passe bien. Nous en avons vraiment le désir mais parfois quand nous nous trouvons devant certaines personnes qui souhaitent aussi trouver les paroles qui créent l’harmonie, elles ne vont pas s’exprimer de manière correcte. N’y parvenant pas, il y aura une certaine dysharmonie et cela n’ira pas. Cela dépend du karma de chacun et de la maîtrise que chacun à de son propre esprit. Il nous faut bien comprendre que l’accumulation de nos actes contribue à accumuler du karma dans la « Base de tout ».

C’est pour cela que nous devons véritablement reconnaître cette la « Base de tout » car nous désirons tous le bonheur et le bien-être. Pour vivre cet état, nous devons dissiper le karma, ce qui signifie que nous devons le reconnaître véritablement. Quand nous parlons de la « Base de tout », cela implique les actes vertueux, les actes non vertueux, le bonheur, la souffrance, le samsara, le nirvana. En tibétain, « base de tout » se dit kunchi et kun signifie « tout ». C’est partout, c’est tout.

Qu’est ce que « la Base de tout » ? Est-ce l’esprit ?

Nous pensons et toute pensée provient de l’esprit. Si nous pensons « vertu », cela provient de l’esprit, si nous pensons « non-vertu », cela provient de l’esprit, si nous pensons effectuer quelque activité que ce soit, cela provient de l’esprit. C’est ce que nous entendons lorsque nous parlons du karma et de reconnaissance de la nature même de ce karma. Lorsque nous avons la reconnaissance de ce karma, nous avons la reconnaissance de la nature de notre propre esprit. La reconnaissance de la nature véritable de ce karma est que les actes n’ont pas de matérialité en soi, ils sont complètement vides. Si nous nous posons la question : « Où se trouve le karma que j’ai accumulé ? », nous ne pouvons pas le voir.

Par exemple, aujourd’hui, nous sommes réunis pour cette conférence et peut-être que dans quelques années, grâce à l’imprégnation de cette tendance dans votre esprit, si vous vous retrouvez de nouveau dans une assemblée similaire, vous rencontrerez des personnes de votre connaissance. En tout cas, ce souvenir vous reviendra très clairement. La nature même de cette tendance habituelle imprégnée dans votre esprit est vide, elle est complètement vide, ce karma-là est vide, et pourquoi cela ? C’est parce que votre esprit lui-même est vacuité, il est vide.

Quand nous parlons de la « Base de tout », nous parlons de l’esprit qui se dit sem. En tibétain, nous traduisons ce terme par « esprit ordinaire » auquel nous pourrions donner le synonyme de saisie.

Pour imager, prenons l’exemple de l’océan et des vagues. Quand nous parlons des vagues, nous ne parlons plus de l’océan mais des vagues. Cependant, il n’y a aucune différence entre l’océan et les vagues. D’un côté, il y a l’océan qui apparaît calme. L’océan, c’est de l’eau. Quand il y a des vagues, ces vagues sont aussi l’eau de l’océan donc l’océan, il n’y a donc aucune différence. Nous-mêmes, nous les différencions, mais cela reste quand même l’océan, l’eau de l’océan.

Notre esprit saisit toutes les apparences qui émergent, tous les objets extérieurs bons ou mauvais telle activité ou telle autre. Toute la saisie que nous avons sur toutes ces choses, sur ce monde phénoménal, c’est l’esprit et tout ce que nous accumulons comme tendances habituelles vont dans la « Base de tout ». Il nous faut comprendre que la nature même du karma et des actes n’est rien d’autre que l’esprit et que la nature même de l’esprit n’est rien d’autre que la vacuité. Ainsi, puisque la nature même de l’esprit est vacuité, les actes, de même, sont vacuité et vides. Nous devons comprendre cela.

Quoi qu’il en soit, bien que l’esprit soit vide, tout apparaît, tout se manifeste comme les poissons dans l’océan qui vont partout, à droite, à gauche, en haut, en bas, tout comme nos différentes pensées qui surgissent de notre esprit.

Dans le bouddhisme, nous parlons de l’obtention de la libération. Celui qui pratique et qui entraîne son esprit, qui reconnaît la « Base de tout », les six consciences, les domaines de perception, qui reconnaît tous les agrégats des sens, va petit à petit, grâce à l’entraînement, avoir la possibilité de reconnaître de plus en plus subtilement tous les différents mécanismes. Et finalement, par cette reconnaissance, il pourra se libérer du samsara.

Il est possible que certaines personnes pensent, lorsque nous parlons du karma que nous accumulons, que celui-ci est semblable à une corde qui nous lierait les mains et qu’il va falloir dénouer cette corde pour en être libéré. En réalité, il n’en est pas ainsi.

D’autres personnes vont aussi penser que le karma est semblable à un chemin où nous sommes et qu’il faut faire demi-tour pour se libérer. Il n’en est pas ainsi car la nature même du karma est vacuité.

Il est important de comprendre que le karma est vacuité et que, là encore, comme il a été dit précédemment, il est nécessaire que des circonstances particulières soient réunies pour que cela puisse apparaître. Il faut vraiment que le temps et les circonstances soient présents.

Je reprends cet exemple de la graine car il est très juste. Si nous plantons une graine en plein hiver, les circonstances ne sont pas favorables pour qu’elle pousse. Si nous attendons trop pour la planter, par exemple en plein été, de même, il y a de fortes chances qu’elle ne se développe pas. Pour que cette graine puisse germer, il faut que toutes les circonstances soient rassemblées. Nous ne pouvons pas dire que cette graine va germer spontanément. Si nous ne la plantons pas, elle n’apparaîtra pas. Nous ne pouvons pas dire que cette pousse est dans la terre, cela n’est pas ainsi, sans eau, elle ne poussera pas. Et nous ne pouvons pas dire que c’est dans l’eau que se trouvent le germe et la pousse de la graine. Toutes les circonstances doivent être réunies pour que le mûrissement puisse apparaître. Il en est exactement de même pour notre karma, pour notre esprit. Toutes les circonstances sont nécessaires pour que cela puisse se manifester.

Prenons l’exemple d’une personne qui aurait accumulé des actes positifs ou négatifs et qui rencontre une autre personne. Elles se mettent alors à parler, tranquillement puis, finalement, cette rencontre ne se passe pas bien. Il y a de la discorde et les deux personnes se mettent en colère. Cette colère n’était pas présente au départ. Cette colère se trouve entre les deux personnes parce qu’elles sont réunies. La nature même de cette colère est vide, la colère est vide. Comme nous ne reconnaissons pas la nature même de cette colère, nous tombons sous son emprise. Alors que si nous en reconnaissons la nature lorsqu’elle émerge, nous n’allons rien accumuler, aucune tendance habituelle n’est accumulée en reconnaissant cela.

Il en est de même au niveau de la joie que nous pouvons éprouver vis-à-vis d’une personne ou d’autre chose. Il se peut que nous rencontrions quelqu’un sans qu’il y ait une attirance particulière et que, finalement, en raison de certaines circonstances, nous parvenions à trouver un terrain d’entente, que nous nous apprécions mutuellement et que naisse de la joie. À ce moment-là, la nature de cette joie est vacuité, elle est vide. Dire la nature vide de cette joie, signifie qu’elle est immatérielle. Dans le Dharma, qui nous permet de pouvoir maîtriser, de dompter l’ensemble de toutes nos émotions perturbatrices, quand nous parlons de la reconnaissance de la nature même du karma, nous parlons de la « Grande Perfection », cela n’est rien d’autre que le Dzogchen.

En réalité, il est dit que le karma depuis des temps sans commencement est vacuité. Le karma, qui n’est rien d’autre que l’esprit, est vide depuis des temps sans commencement. Il n’est pas apparu soudainement vide, il est complètement vide depuis des temps sans commencement, il est vacuité. Il est de tout temps vacuité, il est vacuité au présent, il sera vacuité dans le futur. N’en ayant pas une compréhension véritable, de la souffrance apparaît, la colère apparaît, nous tombons sous l’emprise de toutes sortes d’émotions perturbatrices. Donc, à partir du moment où nous en reconnaissons sa véritable nature, nous obtenons la maîtrise totale de notre esprit.

Pour les débutants, il est très difficile de pouvoir instantanément obtenir une maîtrise complète de l’esprit. C’est pourquoi, les débutants doivent nécessairement, dans un premier temps, développer des actes vertueux, penser aux autres.

Grâce à cette joie d’agir de façon positive, nous créerons la cause du bonheur dans notre propre esprit. En faisant ainsi, nous pourrons obtenir un esprit de joie, un esprit dans la félicité, dans le bien-être et ainsi la confiance pourra naître en nous. Ainsi, nous obtiendrons un esprit courageux, un esprit beaucoup plus fort. Par cet entraînement de l’esprit, il sera beaucoup plus facile de réaliser la maîtrise de l’esprit. C’est pour cette raison que, dans le Bouddhisme, dans le Dharma, nous parlons de l’accumulation des actes vertueux, que nous tournons notre esprit vers les autres pour accomplir ces actes positifs. Ainsi, nous créons des mérites afin d’avoir l’occasion de pouvoir plus facilement obtenir cet état de réalisation de la maîtrise de l’esprit.

En expérimentant du bonheur ou de la souffrance, nous avons une perception différente du temps qui passe. Une heure de bonheur ne paraît que cinq minutes, cela passe très vite. À l’inverse, une heure de souffrance peut paraître très longue. Il y a une différence de ressenti selon que nous sommes dans le bien-être ou dans la souffrance.

Nous disons dans le Dharma qu’il est bien d’effectuer des actes positifs pour être dans le bien-être car ainsi il nous est plus facile d’atteindre la réalisation. Pour bien voir la différence entre les différents états que nous ressentons, si nous trouvons un endroit où nous nous sentons bien et que nous restons un an dans cet endroit, le temps va passer très vite. Par contre, si nous sommes en prison, le temps paraîtra long, nous aurons l’impression d’y être depuis dix ans. En réalité le temps est le même.

Actuellement en France, il y a des personnes heureuses, elles sont dans le bonheur, d’autres souffrent. La nuit pourtant est la même, la journée est pareille pour ces différentes personnes, mais le temps est perçu différemment selon l’état d’esprit de chacun.

Tant que nous n’avons pas obtenu la maîtrise de notre esprit, nous ne pouvons pas éprouver ces différentes sensations et nous sommes sous l’emprise de la souffrance, le temps nous semble long. En expérimentant le bonheur, le temps passe très vite, mais à un moment donné la souffrance, de nouveau, réapparaît. Cela signifie que nous ne reconnaissons pas la nature du karma, nous ne reconnaissons pas la nature de toutes nos tendances habituelles qu’elles soient bonnes ou mauvaises. C’est par cette non-reconnaissance, par le fait que nous ne maîtrisons pas notre esprit que nous expérimentons le karma.

Dans cet état, à cause de toutes ces tendances habituelles, notre esprit est « dans l’obscurité », nous pouvons traduire aussi « dans l’émotion ». L’esprit est recouvert, l’esprit est dans une totale obscurité et c’est cet état que nous appelons le karma et les tendances fondamentales.

Quand notre esprit se trouve dans cette obscurité, quand il est sombre, il ne peut pas être pur, il ne peut pas être clair, il ne peut pas s’épanouir, il ne peut pas être dans ce que nous nommons l’état de Bouddha.

Le terme « Bouddha » n’est pas un mot tout à fait ordinaire comme nous pourrions le penser. Ce n’est pas comme le prénom que notre père ou notre mère nous aurait donné. Le nom même de Bouddha n’est pas le fait du hasard. Cela signifie que toute personne qui a complètement purifié ses émotions et qui a développé l’ensemble de toutes les qualités de la sagesse éveillée, cette personne-là est appelée « Bouddha ». Le Bouddha, lui-même, par sa propre pratique a pu atteindre l’état d’Eveil. Ainsi toute personne qui a la possibilité de complètement dissiper l’ensemble de ses émotions perturbatrices est un Bouddha, même si nous ne lui donnons pas ce nom-là. C’est parce que cette personne a complètement purifié ses émotions perturbatrices et qu’elle a épanoui les qualités de la sagesse éveillée qu’elle est un Bouddha.

Voilà pourquoi je vous ai dit au départ qu’il est nécessaire de reconnaître le karma et les tendances fondamentales. D’abord, dans un premier temps, reconnaître que nous sommes sous l’emprise du karma et des tendances habituelles. Ensuite, dans un deuxième temps, nous devons reconnaître la nature même du karma et des tendances habituelles, puis nous devons mettre en pratique cette reconnaissance. Si nous faisons ainsi, en suivant ces étapes, finalement, il nous sera peut-être facile de dissiper tout cela. Donc, les deux premières étapes de confiance en la reconnaissance de la nature même du karma et des tendances fondamentales sont du domaine de la compréhension.

Le dernier aspect n’est pas du tout du domaine de la pensée, c’est un état de réalisation, c’est plus compliqué à acquérir.

Quoi qu’il en soit si les premières étapes de réalisation concernant la nature du karma et des tendances habituelles sont véritablement effectuées, il nous sera possible de passer au stade de la réalisation.

Qu’est ce que cela veut dire ?

Cela signifie que dans cet état de réalisation, il n’y a absolument aucune pensée. Nous n’avons plus à penser car, au départ, nous avons réfléchi à la nature du karma et des tendances habituelles. Nous avons acquis de la confiance car nous avons bien écouté et bien réfléchi, à ce stade-là, nous n’avons plus ni espoir, ni craintes. Dénué d’espoir et de crainte, notre esprit peut prendre une décision franche. L’examen de l’esprit peut se faire de manière décisive, il n’y a plus besoin de penser et la réalisation apparaît d’une manière naturelle.

Bien entendu, si nous voulions donner des explications plus exhaustives sur le karma et les tendances fondamentales, il nous faudrait beaucoup plus de temps.

Actuellement de nombreux livres traitent du sujet et vous pouvez approfondir par vous-même en les lisant. Vous pouvez aussi aller écouter des enseignements et grâce à l’écoute, à la réflexion, vous pourrez avoir une meilleure compréhension du karma et des tendances Fondamentales.

Vous pourrez alors observer si les enseignements vous aident, si une compréhension plus profonde vous est bénéfique ou non. Si, par la réflexion que vous pouvez avoir sur cette aide au niveau de votre propre esprit, la réponse est positive, alors vous pourrez vous dire qu’il est bien de mettre tous ces enseignements en pratique.

J’aimerais aussi préciser une petite chose.

Il est tout à fait possible pour vous, qu’à un moment donné, vous n’appréciez pas ce que vous lirez sur le karma et les tendances fondamentales, car cela parle aussi de la souffrance.

Il est fréquent, en Occident, que nous n’aimions pas entendre parler de la souffrance. Je vous conseille de ne pas développer de peur quant à ce que vous entendrez ou lirez, et de ne pas dire : « Non, je n’en ai pas besoin ». N’abandonnez pas vos lectures !

Quand nous parlons du karma, des tendances habituelles, nous évoquons la souffrance du samsara, l’impermanence de la vie, c’est un fait. Quoi qu’il en soit, tenez-vous à cette lecture, allez au-delà du sentiment de dépréciation et vous verrez que, derrière cela, il y a un sens très profond.

Quand nous évoquons le karma et les tendances habituelles, de quoi parlons-nous ?

Nous parlons de la nature même du samsara. La nature même du samsara est souffrance. Nous y sommes toujours confrontés et quand nous lisons cela, nous avons peur. Ne craigniez rien, développez un esprit courageux et continuez la lecture pour approfondir l’essence même de la nature du samsara, de la nature de la souffrance car il y a vraiment un sens très profond derrière qui peut véritablement vous aider.

La nature même du samsara est souffrance, c’est un état de fait. Si nous avons un défaut et que quelqu’un vient vers nous et nous le signale, cela ne nous fait pas plaisir, nous pouvons même nous mettre en colère. Si nous en restons là, nous n’aurons de la lecture de la nature du samsara aucune compréhension. Mais si nous continuons malgré tout, peut-être que grâce à cette souffrance, nous allons pouvoir avoir une compréhension de ce qu’est réellement le bonheur.

Nous pouvons nous dire : « Actuellement, je vais bien, je suis heureux, je suis dans le bonheur, je ne pense pas à la souffrance, je n’ai pas besoin d’y penser ». Mais, en raison de l’impermanence, cet état va changer et lorsque la souffrance réapparaîtra, nous n’en aurons pas compris sa nature et nous n’aurons aucun moyen pour éviter de souffrir. Nous expérimenterons la souffrance sans rien pouvoir faire. Si nous essayons, lorsque nous sommes dans le bonheur, de comprendre ce qu’est véritablement cette souffrance, qu’elle en est sa nature, lorsqu’elle se manifestera, nous saurons quels moyens utiliser pour la dissiper.

Ce sont de simples conseils que je vous donne car nous avons peu de temps pour que nous puissions approfondir ensemble. Lisez de bons ouvrages du Dharma, qui nous permet de pouvoir maîtriser, de dompter l’ensemble de toutes nos émotions perturbatrices. Ces livres vous parleront de la loi de l’interdépendance, de la loi de cause à effet, de la loi du karma.

Le temps qui m’a été donné pour cette conférence est limité et je dois conclure. Je tiens à vous remercier d’avoir écouté ces propos sur le karma et les tendances fondamentales.

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